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14.11.2005

Esat Canan, Député CHP de la ville de Hakkari, a confirmé que la population civile avait bien été l'objet d'attaques à l’explosif de la part des forces de l’Etat turc

Reportage de la BBC/ Turquie - [source]

Les premières éléments de l’enquête menée concernant l’attaque à l'explosif d'une librairie et l'arrestation de suspects ne sont pas sans rappeler le scandale de Susurluk, une affaire qui s'est déroulée dans un passé récent, en 1990. Alper Balli, de la BBC/Turquie, a pu rencontrer à ce sujet Esat Canan, député CHP de la ville de Hakkari, qui fut l'un des tout premiers à se rendre immédiatement sur place après les événements.

Esat Canan: c'était hier dans la matinée, un individu, descendu d'une voiture, s'est approché d'une boutique d'un "passage", à Semdinli, pour y déposer un sac bourré d'explosifs avant de tenter de prendre la fuite. Mais les habitants du quartier, aux aguets, réussirent à le rattrapper et purent même intercepter le véhicule, avec deux autres personnes à bord, qui tentait également de forcer le passage. Ils savaient, en effet, "qu'une chose pareille pouvait arriver”, eux qui vivent à Semdinli, la peur au ventre, depuis des jours. Après échanges de coups de feu, les trois suspects se sont rendus aux forces de sécurité.

BBC: Est-ce que l'examen de la voiture a donné des résultats ?

Esat Canan: Oui. On a trouvé, dans la voiture, trois kalachnikovs, 10 chargeurs, quelques gilets de camouflages utilisés par les forces de sécurité et une documentation sur la fabrication et l'utilisation d'engins explosifs et de destruction. De plus, fut découvert, sur le siège arrière, un sac contenant deux bombes de faible puissance. Mais la découverte la plus importante fut celle de 4 dossiers. L’un d’eux, composé de 6-7 pages, renfermait des informations concernant le véhicule et prouvant qu'il appartenait à la jandarma, (immatriculation, procès verbal, signatures officielles...). Dans un autre fut trouvée une liste de noms comportant, notamment le nom, souligné en rouge, du propriétaire de la boutique, avec sa photo et tous ses coordonnées. Il y avait aussi un plan de situation de la boutique. Les autres dossiers renfermaient des listes de noms d’habitants de Semdinli et de dirigeants des partis, avec des mentions en marge comme "personne à risque " ou le contraire. J’ai vu tous ces dossiers qui figurent dans les procès-verbaux établis sous l'autorité du procureur.

BBC: Après Yuksekova où des attaques à l'explosif ont déjà eu lieu, c'est donc maintenant Semdinli qui est visé. Comment cette situation est–elle vécue par les habitants? Quelle est l'atmosphère générale ?

Esat Canan: La population a constamment dénoncé cette situation, comme, par exemple, les attentats sur les lieux de travail. Tout le matériel trouvé dans la voiture est celui qu'on trouve dans les voitures des agents secrets. J'avais déjà, sur ce point, attiré l'attention des autorités qui a tendance à mettre toutes ces exactions sur le dos du PKK, alors qu'il est prouvé que, pour une grande partie, il n'en est pour rien.