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28.02.2006

" France terre d’asile. - Mon cul, dirait Zazie " (Vincent Roca)

France-Inter,  émission  "Le Fou du Roi" (24/02/06) avec Tahar Ben Jelloun

- Et toi, que veux-tu faire plus tard ?
- Partir !
- Partir… ce n’est pas un métier !
Mais si, c’est un métier. Ça s’apprend. A l’école. Buissonnière. ou sur le tas, sur le tarmac, sur les quais, sur les routes… Il faut faire le mur, faire la mer, apprendre à fuir et à caleter. A déguerpir, à  écaniller… Se débiner. Se tirer. Prendre des cours d’eau, se mettre aux courants d’air, embarquer sur de gros encriers qui laissent des traits d’écume sur la mer,  enfin il faut essayer d’être là quand ils jettent leur ancre et quand leurs sirènes s’époumonent… Il faut user ses culottes sur les bancs de poissons, il faut franchir le C.A.P, le cap, passer le bac, être admis à l’universalité, surnager, plancher, être repêché. Poursuivre ses études, loin, très loin… Il faut apprendre les ficelles du métier : les  drisses, les haubans, les câbles, les écoutes, les  cordées, les filins, les élingues, les amarres… Partir : c’est une kyrielle de petits métiers : tireur de révérence, videur de lieux, tourneur de talons, plieur de bagages, leveur de camp, débarrasseur de plancher, changeur de crémerie… Bien sûr, les études, ça ne suffit pas ! Pour partir, il faut avoir le physique : un visage au long cours, avec des valises sous les yeux, et des orbites autour, un nez en tempête, une peau maquillée à la poudre d’escampette et le cerveau qui se fait la moelle. Des fourmis dans les jambes, des vagues sur les côtes, des ailes aux talons… L’aisselle volatile, le plexus solaire, le bassin méditerranéen, le nerf asiatique, deux grands bras de mer et le séant atlantique. Le cœur qui bat le pavé, l’aorte grande ouverte, des vaisseaux sous la peau, et la Terre entre les épaules, épaule Nord, épaule Sud. Pour partir, il faut avoir la bougeotte, la jugeote, la polyglotte, la melting-pot… il faut être barge, vaurien, corsaire, cuirassé, destroyé. Il faut aussi avoir la tenue : enfiler une paire de là-bas, des fuseaux horaires, des bretelles d’autoroute, des ferry-bottes, boucler ses lacets de montagne, prendre ses cliques et ses claques, mettre une canadienne ou une saharienne, un fez, un tyrolien, un bolivar, un panama ou tout simplement un passe-montagne et prendre la porte. Et pendant qu’on y est, prendre aussi la poignée, le chambranle, le battant, l’embrasure ou l’espagnolette, filer à l’anglaise, en suisse, sans prévenir personne. Partir, c’est le Pérou, Tataouine, Pétaouchnok, un tramway nommé… des îles ! 

Le premier voyage, c’est comme dans le roman de Tahar Ben Jelloun : c’est souvent en rêve. Un peu de kif et vogue les esprits… Un visa pour des visions… Voyage et rêve, c’est kif-kif. Clé des songes, clé des champs. Regardez-les, ils sont partis… ils ont les yeux fermés, ils regardent ailleurs. Ils lisent l’avenir dans les lignes de la mer : les vagues, les côtes, l’écume, l’horizon. A force de regarder de l’autre côté de la mer, ils en perdent leur lointain ! Les barques leur sortent par les pores. Ils rêvent de prendre le large. A la nage ou au nuage. Enfourcher un chenal et enjamber la mer du détroit. Cheval de ciel. Un cheval sans œillères, juste des ailleurs. Plein Pégase ! Partir pour s’en sortir, s’envoler. Voyager. Voyager jeune, voyager âgé. Partir, voyager, deux mots pour un seul : partager. Partir sur un coup de tête. Partir. Prendre de l’altitude. De la latitude. Prendre sa solitude et la porter sous d’autres cieux. Quitte à tout quitter. Se dépayser. Se dénationaliser. Prendre la tangente. Et puis, la nuit tombe, on met les chaises sur les tables, plus de voyage, plus de kif : Tout le monde des cendres…….  « On ferme ! » Fin du rêve : on dit souvent les rats quittent le navire, mais là, c’est le navire qui quitte les rats !
Et eux, les rats, ils restent à quai. Amarrés à vie. Ils n’ont pas pris le large, ils n’ont que l’étriqué, l’étranglé, l’exigu.
- Partir ? Ça ne sert à rien !
- Au contraire ! Ça sert aérien…
Son rêve, il faut lui tordre le cou. Lui faire rendre son jus. Prendre l’air. Se faire la belle. La belle vue. La belle âme. La belle lurette. L’échappée belle. Brûler l’océan. Brûler la politesse, brûler les étapes, fausser la compagnie, changer d’air. Décamper, déguerpir. S’arracher. Où est-il ? Il est parti. Il est ailleurs. Tailleur ? Non, ailleurs. Il a taillé la route. Une maille à l’endroit, à l’endroit où l’on est, où l’on naît, une maille allant vers… allant vers où ? Verrou ? Faire sauter les verrous et les portes… Où ? Qu’importe. N’importe où. Là où le hasard vous porte. Il a filé. Il s’est taillé. Il avait maille à partir avec son pays.

Il a eu du mal à partir. Il s’est fait la malle. Le baluchon. Les bagos. Les bagos : le lumbago du voyageur ! Le clandestin, lui, part sans bagos. C’est un voyageur au noir, rongé par la soute. Il n’a pas de papiers, il y met le feu. Le clandestin, on l’empêche de partir. On l’empêche d’arriver. Barbelés au départ, barbelés à l’arrivée. Dans clandestin, il y a destin. Destinée. Destination. Ailleurs. Au diable. Il va au diable. France terre d’asile. Mon cul, dirait Zazie. Terre d’amnésie, oui ! Dans les sous-sol du palais de Justice, à Paris, il y a un centre de rétention. Joli mot, rétention. Ça sonne comme détention, mais on a mis un r, c’est plus doux, rétention. Rétention, c’est médical.  « Rétention des matières fécales ». Le clandestin, c’est de la merde, alors on le retient. : on retient le clandestin. Comme s’il voulait repartir ! Non ne partez pas ! On va vous ramener chez vous !
Je vous en prie, passez devant, après vous, pardon… France, terre d’asile, terre de Sarkhozy. Une France cosy. Une France sarcasme. Protégée. Pas partagée. Partir, c’est un métier. Le clandestin, c’est un voyageur
intérimaire. Mis au chômage partiel. Enfin par ciel… par terre, oui ! Alors il faut changer de métier. Rentrer. Ou bien remettre le couvert : re-partir. Aïe. Aïe. Aïe. Ailleurs.

Vincent Roca

22.02.2006

Les contestations des arrêtés de reconduite à la frontière engorgent le Tribunal Administratif de Rennes

On note une accélération sans précédent des arrêtés préfectoraux de reconduite à la frontière (APRF). Le nombre de contestations est tel que le Tribunal Administratif de Rennes n'arrive plus à suivre la cadence : Le jugement d'une affaire plaidée le 8 /2, par exemple, concernant cette jeune kurde du quartier de Rennes Bréquigny Clôteaux, et mise en délibéré jusqu'au lundi 13/2, n'est pas encore connu. L'audience concernant la famille Kayaalp a été repoussée au 16 février et le jugement, mis en délibéré, ne sera pas rendu avant le 20 de ce mois.

Famille Kayaalp : toujours dans la tourmente

L'avocat a donc contesté les APRF concernant les époux Kayaalp lors de cette audience prévue à cet effet devant le Tribunal Administratif de Rennes (T.A.).

Une forte délégation d'enseignants et de parents d'élèves des établissements fréquentés par les enfants Kayaalp était venue soutenir cette famille kurde, porteuse d'une pétition signée des habitants du quartier et de courriers émanant des enseignants et des Conseils de Parents d'Elèves. Pendant ce temps des camarades de classe des enfants menacés d'expulsion participaient à un travail dirigé, sous forme de débats, dont le thème était "citoyenneté et solidarité."

La presse écrite et France 3 étaient également présents.

L'avocat a contesté la légalité des refus de séjour, au regard de l'article 8 de la Convention européenne des Droits de l'Homme qui garantit le respect de la vie privée et familiale.

Il s'est aussi appuyé sur la Convention internationale du droit de l'enfant , dite "Convention de New York", ratifiée par la France et entrée en vigueur le 6 septembre 1990 qui considère que "l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale" (art. 3-1).

Il a bien sûr évoqué la situation en Turquie, pays de tous les dangers pour les Kurdes, surtout pour les Kurdes issus de villages qui ont été victimes d'exactions militaires, comme le village natal des Kayaalp, celui de Karapinar.

On note un certain agacement de l'administration quand le nom de Karapinar est prononcé : c'est vrai qu'il est gênant d'expulser des gens dans une région particulièrement déshéritée où la lutte armée a repris, vers ce village, toujours interdit par les forces militaires et para militaires, et qu'il est difficile de soutenir que les enfants pourront suivre une scolarité normale et qu'ils pourront bénéficier des soins nécessités par leur état de santé. Nos nombreux témoignages à ce sujet viennent d'être, malheureusement, corroborés par les reportages télévisés sur la grippe aviaire, "la maladie des pauvres" comme a titré ARTE dans son reportage sur Dogubayazit.

L'avocat a également reproché à l'administration d'avoir ignoré l'état de santé de plusieurs membres de la famille Kayaalp qui nécessite des soins, un suivi médical, et même, pour certains, une intervention chirurgicale, alors qu'elle en avait été informée par une lettre du 10 novembre de la Délégation rennaise Kurdistan et par un courrier de M. J.L.Tourenne, Président du Conseil Général d'Ille-et-Vilaine, du 15 novembre.

Bien sûr, l'administration a contesté point par point et il appartient maintenant à Madame la Présidente du T.A. de rendre son jugement.

L'administration a tenu à rappeler "solennellement" que Mme la Préfète avait donné des consignes, suivant en cela les propos tenus devant l'Assemblée nationale par M. Horetefeux, au nom du Ministre de l'Intérieur, pour que les APRF ne seront pas exécutés, pour les familles avec enfants scolarisés, avant la fin de l'année scolaire.

Bien entendu, pour nous, et pour tous les parents et enseignants, la fin de la scolarité, pour les enfants Kayaalp, ne s'arrête pas en juin 2006.

André Métayer
Président
Délégation Rennaise Kurdistan - Amitiés kurdes de Bretagne

10.02.2006

Les APRF : vous connaissez ?

  • Les parents d'une famille kurde de cinq enfants ont reçu, chacun, par lettre recommandée avec A.R., leur arrêté préfectoral de reconduite à la frontière (APRF).

    La décision  ministérielle de reporter les expulsions à la fin de l'année scolaire, pour les familles dont les enfants mineurs sont scolarisés, va-t-elle s'appliquer ?

    L'état de santé de plusieurs membres de la famille nécessitant des soins, un suivi médical, et même, pour certains, une intervention chirurgicale, justifie une demande de "titre de séjour à titre exceptionnel pour raison de santé". La réponse devrait arriver dans un délai d'un mois. Le Tribunal Administratif de Rennes a été saisi.

 

  • La soeur d'un commerçant kurde, très estimé dans son quartier, a, elle aussi, reçu son arrêté préfectoral de reconduite à la frontière (APRF) :  en France depuis plus de cinq ans, déboutée du droit d'asile politique, alors que sa famille a déjà payé un lourd tribu à la guerre,  candidate à occuper un emploi créé dans le restaurant de son frère auquel elle est associée, cette jeune kurde va être expulsée alors que la quasi totalité de sa famille vit désormais en Europe. Le Tribunal Administratif  de Rennes a été saisi. Jugement en délibéré.

Yeni Özgür Politika

A quelques jours des élections générales en Allemagne, le quotidien kurde Özgür Politika avait été brutalement fermé par le gouvernement.

Yeni Özgür Politika a désormais pris la relève.

Appel aux spectateurs de ROJ TV !

Afin d'appeler le Gouvernement danois à résister aux pressions turques et américaines pour fermer ROJ TV, signez la pétition.

ROJ TV continue aujourd'hui à émettre.

Abdullah Öcalan victime d'un infarctus

Les avocats italiens d'Abdullah Öcalan (Giuliano Piasapia, Luigi Saraceni et Arturo Salerno) ont déclaré que ce dernier avait été victime d'un infarctus et se trouvait dans un état grave selon une dépêche de l'AFP du 8 février.

Le Ministère turc de la Justice a quant à lui déclaré qu'Abdullah Öcalan "ne souffrait d'aucun problème sérieux".

Abdullah Öcalan a été enlevé par des services spéciaux en 1999 au Kenya et condamné à mort en Turquie la même année. En 2002, cette condamnation a été commuée en prison à vie. Abdullah Öcalan est actuellement emprisonné au secret sur l'île-forteresse d'Imrali. Ses avocats réclament le droit de le visiter, ainsi que ses médecins et sa famille, notamment afin de se rendre compte de son état de santé réel.

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