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29.03.2006
Le commandant en chef de l'Armée de Terre blanchi - le maire kurde de Hakkari mis en examen
"Le 9 novembre 2005 à midi un quart, un homme a été tué et plusieurs autres ont été blessés à la suite d’un attentat à l’explosif perpétré contre la librairie Umut Kitabevi à Semdinli (province de Hakkari), dans le sud-est de la Turquie. Le propriétaire de la librairie et d’autres personnes ont réussi à appréhender l’auteur présumé de l’attentat ainsi que deux autres hommes qui l’attendaient apparemment dans une voiture garée à proximité. On a découvert dans le véhicule des armes, des listes d’opposants politiques, des renseignements à propos d’habitants de Semdinli, ainsi que des cartes, entre autres documents. Le nom du propriétaire de la librairie figurait apparemment sur une liste et un plan de son domicile et de son magasin a également été retrouvé. On a appris que les trois hommes appréhendés par la foule appartenaient aux services de sécurité" (Amnesty International, rapport du 17 novembre 2005).
Par la suite, alors que le procureur procédait à des investigations sur les lieux, des coups de feu furent tirés depuis une voiture en direction de la foule et un civil fut tué et plusieurs autres blessés. Un sergent des forces spéciales de la gendarmerie fut placé en détention et poursuivi pour "usage disproportionné de la force ayant entraîné la mort."
Amnesty International en avait appelé au gouvernement turc, le priant de désigner une commission indépendante pour enquêter, en particulier, sur la chaîne de commandement et le niveau d’implication de responsables de l’armée et de la gendarmerie dans l’utilisation d’armes à feu au cours de manifestations de protestation à Semdinli et dans d’autres villes de la région comme Yuksekova et Hakkari, où l'on releva des morts et des blessés par balles.
Le Premier ministre turc, le Ministre de la Justice, le Ministre de l’Intérieur, tous s'étaient déclarés déterminés à faire toute la lumière sur cette affaire et une enquête avait même été ouverte par le procureur de Van. Mais le même Ministre de la Justice, Cemil Cicek, donnait le 6 mars dernier son feu vert à l'ouverture d'une enquête sur ce même procureur qui mettait en cause le commandant en chef de l'Armée de Terre, le général Yasar Büyükanit, numéro 2 de l'armée turque, ainsi que plusieurs de ses subordonnés. C'est donc sans surprise que l'autorisation d'entamer les poursuites judiciaires demandées par le procureur fut refusée, le 20 mars, par l'Autorité militaire, les jugeant "infondées" et exigeant même du gouvernement qu'il fasse toute la lumière sur cette attaque "injustifiée" envers l'un de ses chefs.
Dans le même temps, une enquête criminelle est ouverte par le procureur de Hakkari visant Metin Tekçe, maire de Hakkari, accusé d'avoir, lors de sa déposition devant la commission parlementaire enquêtant sur les attentats à l'explosif de Semdinli et dans la province de Hakkari, "favorisé une organisation terroriste". Le procureur d'Ankara a sommé la dite Commission parlementaire, malgré ses protestations, de lui remettre les minutes de l'audition.
D'après la presse, Metin Tekçe, répondant à une question de la commission, aurait déclaré : "à votre question, je réponds que le Parti des ouvriers du Kurdistan (PKK) n'est pas une organisation terroriste. C'est juste une organisation qui défend les droits de ceux qui travaillent pour une solution pacifique au problème kurde" et il aurait ajouté : "je ne suis pas fier de ma turquitude. Je suis un citoyen de la Turquie et fier de l'être, mais pas de ma turquitude parce que je ne suis pas turc. Je suis kurde, comme d'autres sont lazes ou grecs et qui sont aussi citoyens turcs, faisant
également partie du peuple de la Turquie. Je suis fier d'être un citoyen de la Turquie".
Interrogé par la presse, Metin Tekçe, membre du Parti pour une Société Démocratique (DTP), a dit jeudi qu'il maintenait ses déclarations faites devant la commission : "je maintiens ce que j'ai dit et ne reculerai pas : le PKK n'est pas une organisation terroriste et je suis fier d'être kurde. S'il est nécessaire de donner ma vie pour résoudre le problème kurde, et bien….. qu'il en soit ainsi". Depuis, le maire de Hakkari est l'objet de menaces qui n'ont point entamé sa détermination. Metin Tekçe a encore révélé qu'il avait déposé un rapport contenant de mesures démocratiques pour résoudre le problème kurde et réclamant leur mise en œuvre.
Metin Tekçe était venu en Bretagne, en décembre dernier, défendre sont projet de centre municipal de soins et d'éducation pour les femmes, notamment "les exilées de l'intérieur" et avait été reçu par Christian Guyonvarc'h, Vice -Président du Conseil Régional de Bretagne, Edmond Hervé, Maire de Rennes, François Cuillandre, Maire de Brest, Yolande Boyer, Sénatrice–Maire de Châteaulin et Monique Prévost, Maire de Douarnenez.
André Métayer
23:30 Publié dans Kurdistan - Violences contre les Kurdes | Lien permanent | Envoyer cette note




