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29.03.2007
La Turquie veut éradiquer la représentation légale kurde
Qui veut noyer son chien l'accuse de la rage
Après une semaine passée à Diyarbakir et au plus profond de l'extrême sud –est anatolien, il me vient à l'esprit ce proverbe bien français pour résumer ma pensée quant à la politique turque menée face à la question kurde qu'elle n'arrive pas à résoudre : "qui veut noyer son chien l'accuse de la rage".
La situation est préoccupante pour une Turquie aveuglée par un nationalisme "chauvin" contraire à ses propres intérêts qui la conduit dans l'impasse , tant à l'intérieur de ses frontières, en s'enfonçant dans une "sale guerre" contre une partie de sa population qui ne réclame que la jouissance de droits culturels et politiques accordés dans toute démocratie qui se respecte, qu'au Kurdistan irakien avec lequel elle a des relations compliquées : ses menaces de déclaration de guerre contre un pays qui abrite les "terroristes du PKK" peuvent-elles vraiment être prises au sérieux quand on sait les bénéfices importants , indispensables à sa balance commerciale, qu'elle tire d'un commerce juteux en produits alimentaires et manufacturés en échange d'un pétrole brut qui lui ferait défaut par ailleurs ? [1] Une invasion militaire serait néfaste économiquement et désastreuse politiquement : les Kurdes du Kurdistan nord (Turquie) et du Kurdistan sud (Irak) n'ont jamais été aussi unis, sans compter les contacts étroits avec les Kurdes iraniens qui pourraient jouer un rôle important dans un proche avenir.
La situation est exaspérante pour une Turquie aveuglée par un nationalisme "chauvin" qui n'arrive pas à semer la division dans une population kurde restant globalement unie derrière son Leader charismatique, "Sayın" Öcalan[2], embastillé depuis 8 ans et condamné à la prison à vie. Même les protecteurs de villages, recrutés par l'Etat turc pour surveiller la population et lutter contre la guérilla votent, "derrière le rideau" pour les candidats pro-Kurdes et ne sont plus considérés comme des traîtres à abattre mais plutôt comme des victimes ("ils n'avaient pas le choix" nous dit-on), voir comme des alliés dans une guerre où le renseignement a pris une place importante.
Les entraves à la liberté de circulation, que de nombreux contrôles routiers, pointilleux et bureaucratiques, -nous les avons expérimentés-, rendent insupportables à la population, n'arrêtent pas pour autant la circulation des idées et, aux dires de nos interlocuteurs, tant en conversations privées qu'en contacts officiels, chaque vexation, chaque arrestation, chaque condamnation renforce la résistance de la population. Le retour triomphal du maire de Hakkari, condamné à 7 ans de prison, accompagné jusqu'à sa mairie par des centaines de ses concitoyens, dont nous avons été témoin, les manifestations à l'occasion des fêtes du Newroz (nouvel an kurde), aux quelles nous avons participé à Şemdinli, tout proche de la frontière irakienne, attestent de cette mobilisation : drapeaux, banderoles, slogans, discours, dont les contenus sont passibles de poursuites, fusent, se déploient sous le nez de la police et de l'armée qui contrôlent, fouillent, y compris les étrangers, notent, enregistrent, photographient, surveillent, avec en sus le bourdonnement de l'hélicoptère qui provoque, à chaque passage, lazzis et bras d'honneur.
Procès en kurditude
La fuite en avant est, pour l'instant, la seule réponse d'une Turquie aveuglée par un nationalisme "chauvin" qui, tout en continuant à pourchasser, malgré une trêve décrétée unilatéralement, ceux qui ont pris les armes et qui se sont réfugiés "dans la montagne", s'en prend à tous les représentants légaux de la population.
Les prochaines élections législatives, en automne prochain, dont l'enjeu n'échappe à personne, sont déjà l'objet, de part et d'autre, de manœuvres stratégiques. Le DTP, (Parti pour une Société Démocratique), parti de la représentation kurde, conscient qu'il ne pourra, dans les conditions actuelles du scrutin faites aux candidats présentés par les partis politiques, obtenir des sièges à la Grande Assemblée (Parlement turc), envisage de présenter des candidats "indépendants" qui ne sont pas soumis aux mêmes règles[3], et pense ainsi obtenir un nombre de députés suffisant pour constituer, une fois élus, un groupe à l'assemblée, avec tous les avantages d'un groupe parlementaire y compris celui du droit d'expression.
Pour contrer cette stratégie, la Turquie met en place une politique d'intimidation et procède à des arrestations de cadres du DTP et des élus locaux dans le but de les faire condamner par une justice dont l'indépendance par rapport à "l'Etat profond" laisse à désirer, et ainsi de les rendre inéligibles. Plus de 70 cadres, responsables locaux, régionaux et nationaux font déjà l'objet de procédures, comme Sabahattin Suvagci, Président de la section locale du DTP de Hakkari, condamné à un an de prison et 3 jours pour avoir déclaré que le PKK n'était pas une organisation terroriste, comme Hilmi Aydogdu, président du DTP de la province de Diyarbakir, placé en détention provisoire depuis le 23 février pour avoir déclaré à la presse que les Kurdes de Turquie "considéreraient une attaque turque sur Kirkûk comme une attaque sur Diyarbakir", comme Ahmet Türk, Président du DTP condamné à six mois de prison ferme et incarcéré pour avoir appelé Abdullah Öcalan 'Sayın" c'est à dire "Monsieur Öcalan".
Quant aux maires, ils font l'objet d'un traitement particulier et d'un harcèlement continuel frisant parfois le ridicule[4]. La jeune femme, maire de Bostaniçi (commune suburbaine de Van), Gülcihan Simsek, ne compte plus le nombre de convocations, d'interrogatoires ou de procédures lancées contre elle. Le fait d'avoir envoyé un véhicule de la mairie chercher le corps d'un enfant du pays tué au combat vaut procédure pouvant aboutir à mise en examen et condamnation. Elle a, bien sur, avec ses collègues maires –une cinquantaine-, signé la lettre aux autorités danoises pour défendre Roj TV, la télé kurde en exil qui émet depuis le Danemark et menacée de fermeture, et comme ses collègues, elle est mise en examen au motif de soutien à une organisation terroriste. Le mot est lâché : en voulant diaboliser la guérilla, la Turquie a réussi à faire taire les querelles intestines et à unir la population, ses élus, les cadres politiques et les combattants dans une même lutte, celle de la liberté d'expression, qu'elle soit culturelle, linguistique ou politique.
Parmi les maires, deux d'entre eux sont particulièrement visés : les maires de Diyarbakir et de Hakkari.
Osman Baydemir, avocat, maire Métropolitain de Diyarbakir, président de l'Union des maires du Sud est anatolien (G.A.B.B.), qui fut, auparavant, président de la section régionale de Diyarbakir de l'association turque de défense des droits de l'homme, I.H.D., affiliée à la F.I.D.H., est la "bête noire" du régime : Il encourt, dans un autre procès intenté contre lui, 10 ans de prison au motif qu'il aurait fait l'éloge du P.K.K. et de la guérilla après les émeutes de Diyarbakir, en mars 2006, alors que son rôle de modérateur a été remarqué par tous les observateurs. On ne compte plus les menaces de mort dont il est l'objet.
Metin Tekçe, maire de Hakkari, "capitale" de cette province montagneuse qui se trouve, géographiquement et politiquement, au centre de la question kurde, est lui aussi "dans le collimateur" après l'affaire de Semdinli où des éléments des forces militaires turques ont été pris, "la main dans le sac", à commettre un attentat meurtrier qui fit plusieurs victimes. Il craint pour sa sécurité depuis que le chef d’Etat major, le commandant Ilker Basbug a déclaré que "dans la ville de Hakkari se trouvent certains microbes qui doivent être nettoyés ". Lettres et appels téléphoniques anonymes, fouilles humiliantes à chaque check point -et ils sont nombreux -, entraves dans ses fonctions de maire[5], Metin n'en a cure et refuse l'exil malgré la crainte réelle de la prison.
Le 19 mars dernier, en effet, il vient d'être condamné par la cour d'assises de Van à 7 années et 1 mois d'emprisonnement à l'issue d'une procédure lancée contre lui concernant plusieurs dossiers : condamnation à 6 ans et 3 mois pour une affaire datant de 2003 où il est jugé coupable d'appartenance au PKK - au vu d'un seul témoignage à charge émanant d'un détenu qui s'est rétracté par la suite devant le tribunal et dont on peut penser que les aveux avaient été extorqués sous la torture-, à laquelle s'ajoute une condamnation à 10 mois de prison pour propagande en faveur d'une organisation terroriste, dans un communiqué de presse confirmant ses déclarations devant la commission d'enquête parlementaire (pour lesquelles il était aussi poursuivi mais finalement relaxé) dans lequel il affirmait que le PKK n'est pas une organisation terroriste.
Ce n'est pas l'attitude frileuse, voire complice, de la diplomatie européenne et des différents pays européens comme la France et l'Allemagne qui va convaincre la Turquie à changer de politique et les responsables politiques kurdes, les avocats, les défenseurs des droits de l'Homme s'en plaignent amèrement au point de douter de la sincérité de ceux qui se proclament par ailleurs les défenseurs de la démocratie et des droits humains.
Fort heureusement, les prises de positions d'hommes et de femmes politiques en faveur des maires kurdes émanant de la Bretagne sont une éclaircie dans un ciel encore sombre.
Malgré tout, les Kurdes gardent confiance en eux : ils sont indestructibles.
André Métayer
Président des Amitiés kurdes de Bretagne
[1]Avec le bouclage des frontières ce pays producteur de pétrole aux raffineries détruites est soumis à un embargo de fait par la Turquie qui lui fournit l’essentiel des produits alimentaires et de première nécessité à un prix exorbitant : le prix de l'essence flambe ! Un comble !
[2] appeler A. Öcalan "Sayın", c'est à dire "Monsieur" avec une certaine marque de respect, vaut à plusieurs hommes politiques kurdes six mois de prison aux termes de l'article 215 du code pénal turc qui réprime l'éloge du crime et du criminel et, aujourd'hui, un procureur d'Ankara a lancé une enquête préliminaire à l'encontre du Premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan soupçonné d'avoir fait l'apologie d'Abdullah Öcalan, qu'il aurait appelé "Monsieur Öcalan" il y a sept ans ! Qui gouverne en Turquie ? Une nébuleuse qu'on appelle, ici, "l'Etat profond"
[3] Pour qu’un parti puisse gagner un siège à l’assemblée, il lui faut et ce, quel que soit son résultat à l’intérieur de la circonscription, pouvoir se prévaloir d’au moins 10 % des suffrages à l’échelle du pays. Mais cette règle n’est pas applicable aux candidats indépendants.
[4] Les demandes d'autorisation de célébrer le Newroz sont restées bloquées au motif qu'elles comportaient la lettre W (dans Newroz), et ce, en violation de la loi 1355 sur l'utilisation de lettres (W, X et Q) qui n'existent pas dans la langue turque.
[5] La ville de Hakkari n'a toujours pas reçu de son ministère de tutelle, celui de l'intérieur, l'autorisation de recevoir, de l'étranger, des dons conditionnels pour construire un centre de santé de d'éducation en direction des femmes, prioritairement.
08:30 Publié dans Point de vue | Lien permanent | Envoyer cette note
Nouvelle adresse pour Kurdish Info
08:27 Publié dans Kurdistan - Actualité politique | Lien permanent | Envoyer cette note
02.03.2007
Communiqué du Centre Culturel de Mésopotamie
Ils se rassembleront
samedi 3 mars, à 14 heures, place de la mairie, à Rennes
pour sensibiliser l'opinion publique rennaise et les medias sur la situation alarmante de leur leader Abdulhah Öcalan.
Ils demandent qu'une délégation internationale indépendante d'experts scientifiques se rende immédiatement à Imrali pour procéder à des analyses et faire un bilan de santé de celui qui fut livré à l'Etat turc à la suite d'un complot international.
19:29 Publié dans Kurdistan - Violences contre les Kurdes | Lien permanent | Envoyer cette note
Abdulhah ÖCALAN empoisonné
La communauté kurde de Bretagne souhaite attirer l'attention sur la situation d'Abdulhah Öcalan :
"Abdulhah Öcalan, notre leader, détenu en Turquie à la suite d'un complot international, souffre d'un empoisonnement vraisemblablement dû à l'ingestion de métaux toxiques, affirment ses avocats, qui ont rendu public jeudi à Rome les résultats d'analyses faites sur des cheveux du prisonnier.
Les analyses ont été réalisées par Pascal Kintz, toxicologue français - et confirmées par deux laboratoires à Oslo et Rome - qui a indiqué avoir identifié des doses de chrome "sept fois supérieures à la moyenne" ainsi que des doses de strontium extrêmement élevées.
Me Giuliano Pisapia, l'un de ses défenseurs italiens, affirme qu'Abdulhah Öcalan souffre "d'un empoisonnement progressif", "empoisonnement par la nourriture ou par l'eau".
L'avocat turc Irfar Dundar, qui lui a rendu visite récemment, a affirmé jeudi qu'Öcalan souffre de problèmes respiratoires, dermatologiques et de fortes douleurs qui l'empêchent de dormir.
L'un de ses avocats turcs, Mahmut Sakar, a demandé au cours d'une conférence de presse que l'ONU, le Conseil de l'Europe ou son comité pour la prévention de la torture prennent l'initiative d'envoyer une "délégation médicale indépendante" pour procéder à un examen médical complet du condamné"
19:20 Publié dans Kurdistan - Violences contre les Kurdes | Lien permanent | Envoyer cette note




