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17.05.2007

Un drôle de "Pélerin"

M., nouvel arrivant aux AKB, a rencontré les Kurdes pour la première fois lors de l’édition 2003 du festival de cinéma de Douarnenez, mais son intérêt pour la question kurde ne date pas d’aujourd’hui : "quand j’avais 17/18 ans et que je commençais à m’intéresser à la culture bretonne et à apprendre le breton, j'ai découvert le Kurdistan dans les années 74/75 avec 3 articles de presse parus dans Le Pélerin, l’un des rares magazines que l’on achetait à la campagne à l‘époque". Et oui, Le Pélerin, magazine de la très catholique Maison de la Bonne Presse, alias groupe Bayard, prenait fait et cause pour les Kurdes !

Ces articles, d’une valeur historique certaine, sont encore aujourd’hui d’une surprenante actualité : "une guerre oubliée" avec leur interlocuteur irakien de l’époque, c’est à dire le parti Baas de Saddam Hussein. "Démocratie pour l’Irak, autonomie pour le Kurdistan", mais l’accord signé le 11 mars 1970, après dix ans de guerre, vole en éclats et le général Mustapha Barzani, père de Massoud Barzani, Président de l'actuelle région autonome du Kurdistan irakien, reprend le maquis en dénonçant la politique d’arabisation systématique de la région kurde de Kirkuk. Question centrale au parfum pétrolier qui va revenir sur le devant de la scène avec le référendum que Barzani fils entend bien organiser fin 2007 à propos de la question du rattachement de Kirkuk à la région autonome du Kurdistan d’Irak.

"Un peuple sans amis qui luttait pour son indépendance depuis 1920 vient d’être sacrifié une nouvelle fois sur l’autel de la realpolitik" et sa population civile fuit les massacres, prise en étau, dans l’indifférence générale, entre l’Iran du Shah et l’Irak de Saddam qui, par les accords d'Alger du 6 mars 1975, se sont réconciliés à ses dépens… comme en 1937 après le pacte de Saadabad, signé le 8 juillet entre la Turquie, l’Irak, l’Iran et l’Afghanistan, qui prévoit entre autres une coordination de la lutte contre la "subversion kurde".

Et Paul Saint-Vallier de conclure, dans le Pèlerin de 1974 : "les événements d’Irak ne doivent pas faire oublier que le mouvement nationaliste kurde concerne, en fait, l’ensemble d’un peuple écartelé depuis la première Guerre mondiale entre cinq Etats : la Turquie (où le régime d’Istanbul soumet toujours ceux qu’il appelle les Turcs des montagnes à une dure répression), l’Iran, la Syrie (où est prônée la disparition pure et simple des Kurdes) et l’Union soviétique".

Un peuple sans amis ? Pas tout à fait. Il y a en Bretagne, en France, en Europe, des hommes et des femmes qui ont compris que défendre les droits légitimes des Kurdes, avec qui les Amitiés kurdes de Bretagne tissent des liens… amicaux, c'est défendre les droits fondamentaux de la démocratie.

 

André Métayer