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02.07.2007
Orhan Dogan n'est plus
Je ne peux pas oublier Orhan Dogan, compagnon d'infortune de Leila Zana, Hatip Dicle et Selim Sadak, une figure emblématique de la cause kurde qui vient de disparaître.
"Orhan Dogan, ex-Député kurde du DEP (Parti de la Démocratie) est décédé ce matin, 28 juin 2007 à 6h30, à l'hôpital de Van où il était en soins intensifs à la suite d'une crise cardiaque survenue le 24 juin dernier, à Dogubeyazit, alors qu'il prononçait un discours à l'occasion du Festival de la Culture, des Arts et du Tourisme. Orhan Dogan était âgé de 52 ans." (Communiqué de Kurdish Info)
Avec Leila Zana, Hatip Dicle et Selim Sadak, Orhan Dogan, alors qu'il siégeait à la Grande Assemblée (parlement turc), avait été en mars 1994 arrêté, incarcéré, reconnu coupable d'appartenance au PKK et condamné à 15 ans d'emprisonnement.
J'ai rencontré cet homme en mai 2005, à peine sorti des geôles turques, lors de la Conférence internationale de Diyarbakir sur la Paix et la justice au Moyen Orient organisée par la Ville et la Plateforme démocratique et je ne peux pas oublier son regard pétillant d'intelligence et de bonté, sa force de conviction et son verbe pénétrant au plus profond de soi.
Je n'ai pas oublié son cri : "je ne peux pas oublier cet enfant écrasé par un tank, à Sirnak (Kurdistan de Turquie) ; je ne peux pas oublier ce soldat turc blessé, décoré pour son courage, criant " mes yeux" à la face de l'officier qui venait le féliciter ; je ne peux pas oublier les combattants tués, la presse qui ment, le gouvernement qui ment, les prisonniers humiliés, victimes de traitements dégradants. La guerre ne fait pas de différence entre les religions, les sexes, les nationalités... Les souffrances sont les mêmes, la douleur est identique".
Marqué par les années de détention, Orhan Dogan, crâne dénudé, barbichette en bataille, se fait le chantre de la paix. "Je parle comme un 3ème œil" dit encore cet avocat qui n'hésite pas à manier l'autocritique pour mieux plaider une solution pacifique, globale et unitaire, que chacun souhaite, pour la question kurde : "les Kurdes veulent la paix, mais sont-ils pacifiques ? Nous ne pouvons réclamer la paix et continuer à nous disputer. Les Kurdes veulent l'unité, mais sont-ils unis ? Nous ne pouvons pas continuer à cultiver nos divisions entre les différentes parties du Kurdistan (Turquie, Iran, Irak). Les Kurdes veulent la liberté et la démocratie mais savent-ils être démocrates ? Il n'y a pas des Kurdes noirs, des Kurdes blancs, des Kurdes light, des Kurdes extra light, il y a des Kurdes".
"Longtemps le Parti de la Démocratie du Peuple a été contraint de marcher seul. Nous ne marcherons plus seuls. Nous devons changer notre discours et prendre une autre dimension pour faciliter le processus de paix. Mais c'est à nous d'en décider les modalités ! De quel droit le Président de l'Union européenne critique-t-il l'attitude de Leila Zana, qui devrait, selon lui, s'écarter du P.K.K. ? On a besoin, certes, d'une loi générale, mais la solution au problème kurde sera spécifique et ne sera trouvée ni à Washington, ni à Bruxelles, ni dans aucune autre capitale européenne".
Orhan n'est plus mais son message a été entendu.
André Métayer
Président des Amitiés kurdes de Bretagne.
12:15 Publié dans Kurdistan - Actualité politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note




