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24.10.2007

La Turquie sur le sentier de la guerre: la démocratie en danger

Il s'est passé, dimanche 21 octobre, quelque chose de très grave dans la région de Hakkari, près de Daglica, dans la zone montagneuse qui sert de frontière entre la Turquie et l'Irak.

Au travers des communiqués contradictoires de l'armée turque, relayés par les médias turcs et les agences de presse internationales, et ceux du service de presse des HPG, forces armées du PKK, ignorés des médias et des agences, il est difficile de savoir qui a commencé et qui a résisté, mais peu importe, les faits sont là et, quatre jours après le feu vert donné par le parlement turc à l'armée pour entrer en Irak, des affrontements violents ont eu lieu au point de créer une agitation importante en Turquie et dans toutes les chancelleries des pays de la Région et des grandes puissances internationales. Beaucoup d'intérêts stratégiques, politiques et financiers se télescopent et les Etats Unis, par exemple, a successivement recommandé de la retenue à la Turquie et fait état de l'éventualité d'une opération militaire conjointe. Il en est de même de la position des institutions européennes qui, après avoir désavoué, mollement, il est vrai, la Turquie, "condamne fermement le terrorisme du PKK,". La guerre psychologique fait rage où chacun souffle le chaud et le froid. Les dépêches se succèdent, depuis 3 jours, à une cadence effrénée dont il est difficile de tirer des conclusions.

Les pertes en vie humaines subies par l'armée turque auxquelles s'ajoutent un fait sans précédent – deux officiers et 6 soldats ont été faits prisonniers – ont effrayé la Communauté internationale et porté un coup au moral en Turquie au point de conduire son gouvernement à interdire la diffusion de programmes à "l'impact négatif sur l'ordre public et le moral (...) en donnant l'impression d'une faiblesse des forces de sécurité".

L'opinion, excitée par les médias et les forces ultranationalistes, se déchaîne et les Kurdes craignent pour leur vie : on parle de lynchage dans certaines villes de Turquie et …à Bruxelles où les "loups gris" ont pris à partie un journaliste de la gauche turque. On peut donc avoir aussi des craintes fondées concernant la situation de toutes les démocrates turcs, minoritaires, malheureusement, qui refusent l'affrontement militaire et militent en faveur de la négociation politique. La répression guette tous les militants du parti légal pro kurde, le DPT, à commencer par les responsables locaux et régionaux, les maires et surtout les députés, déjà menacés ou poursuivis.

De très fortes pressions sont exercées sur les Kurdes d'Irak pour qu'ils se désolidarisent des forces kurdes du PKK mais l'unité et la solidarité entre Kurdes prévaut pour l'instant, et les Kurdes de la diaspora se remobilisent aussi.

Le PKK, dont on sait maintenant qu'il est capable de porter la guerre en Turquie, offre une nouvelle fois un cessez le feu aussitôt rejeté par la Turquie qui ne veut pas traiter avec les "terroristes" et qui prend ainsi le risque et la responsabilité de l'escalade de violence. "La Turquie n'hésitera pas à payer le prix, quel qu'il soit," a déclaré à l'avance le président Gül. Il est à prévoir qu'elle ne se battra pas pour récupérer ses soldats aux mains des forces HPG qui sont traités comme des prisonniers de guerre, selon les conventions de Genève que le PKK a signées, ce qui n'empêche pas la Turquie, les Etats-Unis et l'Union Européenne, de considérer le PKK comme une organisation terroriste.

Le moins qu'on puisse dire est que la Communauté internationale n'aide pas la Turquie à trouver la voie de la raison et la voix du ministre français des Affaires étrangères semble bien esseulée. Bernard Kouchner a, en effet, d'après une dépêche de l'Associated Press du 21/10, fait le rapprochement entre cette attaque et l'adoption, quatre jours plutôt, par le parlement turc d'une motion autorisant l'armée à pénétrer en territoire du nord de l'Irak et a appelé "une fois de plus à la retenue", ajoutant que "la situation était extrêmement dangereuse", et que "l'aggravation de la tension était lourde de menaces dans une région déjà très instable" : " n'y a pas de solution militaire à ce problème" a conclut Bernard Kouchner en précisant qu'il connaît le dossier "depuis très longtemps". C'est aussi l'opinion de Kendal Nezan, Président de l'Institut kurde de Paris, qui déclare dans "l'Orient, Le Jour" (22/10) : "il n’y a pas de solution militaire à la question kurde en Turquie parce qu’il s’agit d’un problème éminemment politique. "…"Les Kurdes demandent la reconnaissance de leur identité, des écoles et des médias dans leur langue". Ce sont donc des questions qui doivent être traitées d’une manière politique"…." Depuis 1984, la Turquie a mené une vingtaine d’incursions dans le Kurdistan irakien sans jamais aboutir à des résultats. Les dirigeants turcs sont conscients de cette situation, mais ils sont dans une impasse idéologique qui ne leur permet pas de remettre en cause un nationalisme qui ne reconnaît pas l’existence des Kurdes";

Qu'est-ce qui pourrait faire reculer la Turquie ? se demande le journal "Le Monde".

La réponse est dans la cohésion d'une Communauté internationale qui parlerait fermement d'une seule voix : la Turquie ne connaît que le rapport de force.

Oui, la Turquie, sur le sentier de la guerre, est une menace pour la démocratie.

 

André Métayer

Rennes le 23 Octobre 2007

 

21.10.2007

Coups tordus et gesticulations : la Turquie est isolée

Le mitraillage d'un minibus du 29 septembre dernier à Hemka, sur la commune de Beytüşebap (province de Şirnak), avait été, malgré les protestations kurdes, immédiatement attribué aux "terroristes" du PKK par les autorités turques, les média turcs et même la presse internationale. Seul,"Libé" émettait un doute : ne s'agirait-il pas plutôt d’une vengeance locale ou d'une provocation ?

L'hypothèse d'un "coup tordu" qui consiste à faire endosser par l'adversaire un méfait voulu, permis ou couvert, est avérée mais n'intéresse plus personne car l'objectif est atteint : l'opinion a condamné le PKK et a poussé le Parlement à la faute.

Les habitants de Hemka, qui avaient été chassés en 1993 pour avoir refusé de devenir protecteurs de village, n'avaient pu revenir qu’en 2004 après avoir accepté sous la contrainte de devenir protecteurs tout en se refusant à participer à toute opération. Les vrais protecteurs de villages, qui les avaient spoliés de leur terre, n'avaient pas bien accueilli ce retour et profitèrent d'un banal litige pour tendre cette embuscade faisant 12 morts et…. un survivant qui a tout raconté. L'armée, au vu des avantages qu'elle pouvait retirer de ce règlement de compte, a couvert les auteurs en faisant croire à une opération de représailles du PKK. Faute de trouver une alternative à la guerre, comme le réclame le groupe de députés kurdes DTP (Parti pour la Démocratie), le gouvernement turc et la majorité parlementaire "néo-islamiste" AKP ont été contraints par l'Etat-major des armées, via les députés CHP (nationalistes de gauche) et MHP (nationalistes d'extrême droite), à autoriser les forces militaires à entrer en Irak pour "traquer les séparatistes du PKK".

L'opinion publique, chauffée à blanc par la presse et meurtrie par les pertes en vie humaines de soldats tués au combat, réclamait déjà une réaction. Le mitraillage de "civils" attribué au PKK est venu à point nommé : C.Q.F.D.

A., notre correspondant au Kurdistan irakien, ne semble pas particulièrement inquiet et ne croit pas vraiment à une attaque généralisée : "la Turquie n'en a pas, à elle seule, les moyens" et sans doute pas très envie. Tout d'abord il n'y a pas de rideau de fer entre les deux pays et des centaines de soldats turcs et quelques 150 véhicules blindés sont déjà présents depuis dix ans dans quatre bases dans le nord de l'Irak. Il faut, surtout, se rappeler que le plus gros investisseur étranger au Kurdistan irakien est turc : c'est la société holding OYAK, la "Mutuelle des Forces armées", présidée par un ancien militaire, employant 30.000 personnes, et dont le capital est constitué à partir des fonds de pensions des officiers turcs.

On ne peut pas dire non plus que la décision du Parlement turc ait vraiment séduit l'opinion régionale et internationale, hormis la Syrie, mais elle a renforcé la solidarité des Kurdes - des milliers de Kurdes ont manifesté à Erbil et à Dohouk "contre la menace turque" - des partis kurdes irakiens, PDK et UPK, et de leurs dirigeants : Barzani (Président de la région autonome du Kurdistan irakien) et Talabani (Président de l'Irak), ce dernier n'hésitant pas à contredire les déclarations de son premier ministre qui veut (mais en a-t-il les moyens ?) "éradiquer le PKK". Le Koweït exhorte la Turquie à observer "le plus haut degré de retenue", alors que l'Iran, qui a cessé ses bombardements depuis 20 jours et a réouvert sa frontière avec l'Irak, exprime sa gêne dans une déclaration alambiquée.

La Maison Blanche a fait savoir "de manière très claire" à la Turquie qu'elle ne pensait pas "qu'il soit dans son intérêt d'envoyer des troupes en Irak", et la Russie, de son côté, a déclaré "qu'une opération armée turque en Irak portera atteinte aux intérêts russes", tandis que le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, demandait à la Turquie de chercher une solution "par le dialogue", et que le secrétaire général de l'OTAN, Jaap de Hoop Scheffer, invitait le président turc Abdullah Gül, "à faire preuve de retenue dans ce dossier".

Que conclure ? Effet d'annonce pour contenter la vox populi avec quelques actions belliqueuses bien orchestrées par une presse complaisante ?

Ce n'est pas certain car la tentation de Kirkuk (avec ses richesses pétrolifères) est forte. L'objectif ne serait donc pas d'aller pourchasser les rebelles du PKK dans les montagnes du Kurdistan irakien lors d'opérations au succès aléatoire, mais de faire échec au référendum que les Kurdes comptent organiser pour le rattachement de Kirkuk à la région autonome du Kurdistan d'Irak et de s'inviter à la table des négociations, au risque de déstabiliser tout le Moyen-Orient.

On comprend mieux pourquoi les pays voisins et les grandes puissances, même la Chine, s'inquiètent.

Quelles négociations secrètes se cachent derrière les gesticulations des uns et des autres ?

La menace de la reconnaissance du génocide arménien par le Congrès américain et les menaces de rétorsion de la part de la Turquie sont-elles des cartes maîtresses dans la partie de poker menteur qui semble être engagée ?

En attendant, on peut constater avec regret que les espoirs mis dans l'ouverture, après les élections législatives et la constitution d'un groupe parlementaire kurde, s'estompent : 21 régions sont déclarées "zones de sécurité" par la Turquie et interdites aux civils, et cinq maires kurdes (Viranşehir, Kiziltepe, Silopi, Küçükdikili et Bağlar) qui rendaient visite à un maire emprisonné, ont été à leur tour arrêtés et conduits à la gendarmerie. Enfin, un tribunal stambouliote a décidé que Sebahat Tuncel, députée kurde DTP accusée de soutenir le PKK, ne pourrait pas bénéficier de son immunité parlementaire.

Faut-il voir là déjà les prémices d'une interdiction du parti kurde et l'arrestation de tous ses députés comme en 1993 ? 

André Métayer
Rennes le 19/10/2007

09.10.2007

Je hais la guerre : qui a mitraillé le minibus de Beytüşebap (province de Şirnak) ?

Le 29 septembre dernier, sur une route de campagne, au lieu dit "Hemka", sur la commune Beytüşebap (province de Şirnak), un dolmuş (transport en commun) tombe dans une embuscade faisant 12 morts dont un Mukhtar (chef de village) et 7 "protecteurs de village", force supplétive kurde à la solde de l'armée turque. L'attentat est immédiatement attribué aux "terroristes" du PKK par les plus hautes autorités turques, civiles et militaires, relayées en cela par la presse nationale et internationale ainsi que par le Conseil de l'Europe qui, d'après une dépêche de l'AFP, "condamne sans réserve cette attaque des séparatistes kurdes". Les Etats-Unis ont également réagi dans ce sens.

Immédiatement parait, dès le 1er octobre, un communiqué des Forces combattantes (HPG) niant toute implication dans cet acte odieux et accusant les forces turques d'en être les auteurs, arguant du fait que les opérations militaires déclenchées par l'Etat-major, en dépit du cessez-le-feu décrété unilatéralement par les Kurdes, ont redoublé d'intensité dans toute la région. "Il s'agit, d'après l'AFP, des plus lourdes pertes subies par l'armée turque depuis 1995" (AFP 08/10/07)

Un autre communiqué (01/10/07), émanant du Conseil exécutif du KCK, fait état de preuves mettant en cause l'armée turque dans cet attentat qu'il dénonce avec force "comme nous dénonçons toutes les attaques violentes menées contre le peuple kurde". Et de conclure : "nous exigeons de l’Etat turc qu'il fasse toute la lumière sur cette opération militaire et qu'il retrouve les paramilitaires responsables de cet acte odieux".

L'association turque des droits de l'homme (IHD) (communiqué du 01/10/07) qui condamne cet acte "inhumain et cruel" comme elle s'oppose "aux exécutions extrajudiciaires par les agents de l'Etat", note que "la région déclarée zone de sécurité voici quelques mois est sous la haute surveillance des forces de l’ordre de l’Etat qui contrôlent toutes les entrées et sorties" et que "les médias et l’opinion publique n’ont pas accès à ce jour aux informations objectives concernant l’attaque".

Une question légitime se pose donc : la presse a-t-elle été instrumentalisée?

Les députés DTP poursuivis par la haine des médias turcs qui les accusent d'être proches du PKK condamnent, eux aussi, l'attentat, reprochant au gouvernement de n'avoir pas cherché à prévenir les affrontements armés, et de n'avoir pas ouvert des négociations politiques : "il incombe au gouvernement d'adopter dans l’urgence une politique permettant de mettre fin à cette situation tendue". Une commission d'enquête parlementaire devrait être créée. Des syndicats (comme KESK) et des associations (comme HRA, Mazlum Der, Diyarbakır Bar…) souhaitent aussi avoir l'autorisation de se rendre sur place.

L’ancien député DEP Selim Sadak, compagnon d'infortune de Leyla Zana et des autres députés emprisonnés, rapporte que les proches des victimes de Beytüşebap, à qui il a rendu visite, connaissent ceux qui ont massacré les leurs : "il ne s'agit pas du PKK, ont-ils déclaré, et nous connaissons le nom des vrais auteurs". Selim Sadak note aussi quelques faits troublants comme le survol d'un hélicoptère, l'absence de traces de balles, comme si on avait voulu effacer des indices.

Qui a donc mitraillé le minibus de Beytüşebap ? Des combattants du PKK ont ils eu la gâchette trop facile ? S’agit-il d’une vengeance locale ? D’une provocation des autorités ? s'interroge Ragip Duran dans Libération du 08/10/07.

L'AFP du 30/09/70 avait déjà son hypothèse : "les membres du PKK détestent les "protecteurs de village" qui refusent de s'allier à eux et s'en prennent régulièrement aux familles qui rejoignent cette milice". Ceci n'est plus exact (nous ne sommes plus en 1994). Dès 2004, à l'occasion des élections locales, une étude attentive des scrutins a montré que les candidats DEHAP (parti pro-kurde de l'époque) n'auraient pas été élus sans les voix des protecteurs de village et de leurs familles. En 2007, dans la région de Hakkari, région particulièrement "chaude", nous avons pu également constater que les protecteurs de village n'étaient plus considérés comme des ennemis (comme les JITEM le sont) mais plutôt comme des victimes "enrôlés de force", "obligés pour nourrir leur famille" voire, parfois, comme des "complices" ou des informateurs.

Cette erreur d'appréciation de l'AFP permet une autre hypothèse : la Turquie n'aurait-elle pas, elle aussi, son "Capitaine Léger", ce spécialiste des coups tordus organisés par l'armée française durant les guerres d'Indochine et d'Algérie ? En sacrifiant (ou en punissant?) des protecteurs de village et en faisant porter le chapeau par le PKK, "Yuzbasi Léger" voulait-il faire coup double : susciter l'indignation internationale qui permettra à la Turquie de poursuivre les "terroristes" du PKK jusqu'au Kurdistan d'Irak et rendre plus "performantes" les forces supplétives kurdes dont l'armée a tant besoin pour ses opérations de "l'intérieur" ?

Décidément, je hais la guerre.

André Métayer

03.10.2007

Une première : justice et police turques enquêtent officiellement sur le territoire français

On savait déjà que les services de renseignements français et turcs avaient de bonnes relations et s'échangeaient quelques "tuyaux" et on savait aussi que la justice turque sollicitait le ministère des Affaires Etrangères, jusqu'alors sans succès, pour venir enquêter sur le sol français, mais qu'une délégation turque composée de 8 membres du parquet, de la police et des services de renseignements (M.I.T.) soit venue à Paris, le 15 septembre 2007, interroger des membres présumés du PKK, "c’est une première", comme dit le journal Sabah, ("le Matin", quotidien populaire progouvernemental tirant à 600 000 ex.) dans son édition du 17 septembre 2007.
Un des membres de la délégation turque, qui a refusé de divulguer son identité, précise Sabah, a même confirmé que "pour obtenir de meilleurs résultats" ils liaient maintenant "des contacts directs". L'autorisation, venue de Rachida Dati, ministre de la Justice, l'une des proches du Président de la République, a surpris les défenseurs des Kurdes : "c'est l'application de la convention européenne d’entraide judiciaire signée par la Turquie, admet Me Malterre, mais c'était, jusqu'alors du jamais vu ; c'est, en fait, la suite logique d'une commission rogatoire du juge français qui s’était lui-même rendu en Turquie au printemps pour "étoffer" son dossier et qui a manifestement transmis aux turcs des informations leur permettant de diligenter, à leur tour, leur propre commission rogatoire".

Sabah révèle encore que la délégation turque a interrogé Canan Kurtyilmaz, "la nouvelle responsable européenne du PKK", Haci Karakoyun, "financeur", Cemal Aslan, "le courrier", Kazim Ergun, "un des cadres de montagne", et Nihat Aslan, "un parent de Cemal Aslan", tous présentés comme des "affreux, sales et méchants" et "a remis en main propre tous les documents et informations nécessaires aux autorités françaises", "obtenus lors des aveux des terroristes attrapés", sauf que les avocats nient en avoir eu connaissance.

Par contre, Sabah omet de rapporter que Kazim Ergun a déclaré, au grand dam des juges français, reconnaître, parmi ses "interrogateurs", l'un de ses tortionnaires en la personne du directeur de la Sûreté d'Istanbul.

"La délégation turque a demandé aux autorités judiciaires françaises la copie des 100 mille pages de documents ainsi que celle des disques durs des ordinateurs saisis" insiste Sabah et les avocats ont toute raison de craindre que la chancellerie ne s'apprête à s'exécuter ; c'est pourquoi ils ont saisi la Chambre de l’Instruction d’une requête en nullité et demandé au Garde des Sceaux de bloquer la procédure dans l'attente du résultat de la requête.

Cette affaire est évidemment d'une extrême gravité tant du point de vue du droit que de la morale, et heurte profondément les consciences.

André Métayer

01.10.2007

Je hais la guerre : un journaliste de Hakkari assassiné, un charnier découvert à Diyarbakir

Les dépêches se succèdent et se ressemblent : ici c'est l'AFP qui rapporte "cinq militants kurdes tués lors de combats dans le sud-est turc" (à la frontière irakienne) et qu'un soldat turc a été tué à Bitlis, (20/9), que "neuf combattants kurdes tués dans des combats en Turquie" (22/9) à la frontière irano-irakienne, dans les provinces de Hakkari et Sirnak. Là, c'est le Centre de presse des Forces kurdes (HPG) qui signale (21/9) que l'armée turque a lancé une opération, dans la province de Hakkari, qui a déjà coûté la vie à 5 soldats et qu'un hélicoptère a été contraint à un atterrissage forcé. Une autre opération, dans le secteur d'Hasankeyf, (province de Batman) aurait fait cinq morts dans les rangs de la guérilla.

L'Iran, de son côté, (AFP 23/9) après avoir nié les tirs d'artillerie contre les combattants kurdes en Irak, a justifié cette violation du territoire de la province autonome du Kurdistan irakien au nom de la nécessité de sécuriser son territoire au moment où des affrontements ont lieu dans la province iranienne peuplée à majorité de Kurdes. Elle a aussi fermé sa frontière, alors que 132 sociétés iraniennes sont déjà implantées au Kurdistan irakien, pour protester contre l'arrestation par les forces américaines, d'un "honorable" commerçant iranien à Souleimaniyeh, suspecté d'être un agent des forces spéciales chargées d'armer les milices chiites.

D'autre part les HPG revendiquent la responsabilité de "l'élimination" de trois "repentis" du PKK enrôlés dans les forces spéciales turques (JITEM) à Semdinli, Diyarbakir et au Dersim. Ces situations tragiques de militants "retournés" à la suite d'arrestation, de mauvais traitements et d'actions psychologiques, et que l'on retrouve aussi dans des conflits assez proches de notre histoire, nous renvoient à toute l'horreur de la guerre.

La bataille du rail nous renvoie aussi à notre histoire quand les combattants kurdes font dérailler les trains de marchandises (ou de munitions), comme le dernier en date, le 24/9, dans la région d'Elazig.

Et voici que le journal turc Sabah ("le Matin", grand quotidien populaire progouvernemental tirant à 600 000 ex.), Kasim Ciftci, âgé de 46 ans et propriétaire du journal "Hakkari Province Voice" a été, le 22 septembre, assassiné près des ruines de la vieille ville de Van par deux hommes qui, après l'avoir frappé à la tête avec une grosse pierre, lui ont tiré plusieurs balles alors qu'il tentait de s'enfuir. confirme, s'il en était besoin, une dépêche de l'agence de presse indépendante BIA révélant qu'un journaliste kurde,

Il est bien sur trop tôt pour déclarer avec certitude que l'assassinat est lié aux activités professionnelles de ce journaliste mais son collègue, Necip Capraz, qui le connaît depuis 20 ans, ne laisse guère de place au doute quand il écrit dans "Yüksekova News" : "nous avons pu voir s'accumuler récemment de gros nuages noirs sur notre province de Hakkari".

Comble de l'horreur : un charnier contenant une quantité inconnue d’ossements humains aurait été découvert à Diyarbakir, ces jours derniers, d'après l'agence d’information kurde DIHA, dans la cour du Quartier général de la 7ème Armée turque appelée parfois "armée de Büyükanit", du nom de son général devenu chef d'état-major des forces armées turques depuis le 28 août 2006. Ce site abritait aussi dans le passé la prison militaire de Diyarbakir tristement célèbre. Le pot aux roses aurait été découvert à la suite de travaux dans l'enceinte militaire nécessitant l'évacuation de terre de remblais et trouvant, dans le cadre de marchés publics, une réutilisation sur plusieurs chantiers de la ville. "La passivité des procureurs militaires turcs, qui tranche avec les investigations déclenchées par les organisations des droits de l'homme, les associations d’avocats et les agences d’information de la ville, renforce les soupçons", souligne l'agence d’information kurde DIHA.

Hakkari, Diyarbakir, ce ne sont pas pour nous des points sur une carte de géographie. Ce sont des paysages concrets, des hommes et des femmes connus et estimés qui travaillent, étudient, rêvent d'une vie meilleure et défendent par dessus tout, leur langue, leur culture, leur identité. Ils aspirent à la paix et sont extrêmement déçus par l'attitude des européens qui préfèrent garder le silence, pour "ne pas mettre de l'huile sur le feu".

Mais a-t-on mis de l'huile sur le feu en soutenant le tchèque Vaclav Havel et la charte 77, le sud africain Nelson Mandela ou les bonzes birmans pour ne citer que ceux là ? La Turquie a besoin de la communauté internationale pour trouver un Mendès France ou un De Gaulle (qui mirent fin, l'un à la guerre d'Indochine en 1954, l'autre à celle d'Algérie en 1962), et mettre un terme à un conflit complètement anachronique.

André Métayer

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