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16.04.2008

Vivement les jeux Olympiques en Turquie pour "un monde meilleur"

Leyla Zana, ex-députée kurde, condamnée à deux ans de prison.

Osman Baydemir et 52 maires kurdes condamnés à deux mois et demi de prison.

Nous ne pouvons que nous réjouir de la résolution du Parlement européen "condamnant fermement la répression brutale exercée sur le Tibet par les forces de police et l’armée chinoise" et, comme Roselyne Lefrançois, députée européenne, nous pensons que les Jeux Olympiques de Pékin sont une opportunité à saisir pour "inciter les autorités chinoises à progresser sur la voie de la démocratie". La majorité des tibétains, en effet, ne demandent pas l’indépendance mais "davantage d’autonomie et le respect de leur identité culturelle et linguistique".

Faudra-t-il attendre les J.O. d’Ankara ou d’Istanbul pour que les chefs d’Etat et de gouvernement européens adoptent une attitude commune et concertée reconnaissant que les revendications kurdes sont identiques à celles, tibétaines, qu’ils estiment légitimes ?

José Manuel Barroso, président de la Commission européenne, en visite à Ankara, du 10 au 12 avril, qui, tout en exhortant ses interlocuteurs à progresser dans la voie des réformes, "souligne que la Turquie avait fait d’importants progrès jusqu’à présent", sait-il que le fameux article 301 du code pénal turc est liberticide ? depuis son entrée en vigueur le 1er juin 2005, il a permis aux autorités de maintenir une pression énorme sur les médias et de nombreuses personnes, en particulier des journalistes et des écrivains, qui sont poursuivies en justice en vertu de cet article dont la réforme annoncée à grand bruit n’accouchera que d’une réformette "cosmétique" : " Les fortes peines de prison pour les délits d’opinion sont maintenues et plus d’une vingtaine d’articles de loi continuent de restreindre la liberté de la presse en Turquie" a déclaré Reporters sans frontières (europe2@rsf.org, 9 avril 2008), la "Plateforme de solidarité avec les journalistes emprisonnés" (TGDP) ajoutant que, après l’incarcération de deux correspondants de l’agence DIHA, les 30 mars et 1° avril derniers, ce sont 23 journalistes qui sont détenus dans différentes prisons turques de type F à Tekirdag, Edirne, Gebze, Sincan, Kandira, Diyarbakir, Mersin, Manisa, Urfa, Bolu, Amasya, Batman. Au même moment, le jeudi 10 avril , la kurde Leyla Zana, prix Sakharov des droits de l’Homme 1995, était condamnée à deux ans de prison, en vertu d’un article du code pénal sanctionnant "la propagande en faveur d’une organisation terroriste", pour avoir déclaré, lors de son discours au festival culturel de Diyarbakir, en mars 2007, à propos d’ Abdullah Öcalan qu’il a, à côté de Jalal Talabani et Massoud Barzani, "une place dans les coeurs et les esprits des Kurdes". Cette ex-députée du parti pro kurde D.E.P. (empêchée de se présenter aux dernières élections législatives) a déjà purgé dix ans de prison (1994-2004) avec trois autres anciens parlementaires kurdes. Francis Wurtz, Président du groupe "Gauche unitaire européenne - Gauche verte nordique" (GUE - NGL), demande au Président du Parlement européen, d’intervenir immédiatement auprès des autorités turques afin que soit annulée "cette condamnation indigne"

En dépit des déclarations apaisantes de M. Barroso, 53 maires kurdes, dont Osman Baydemir, maire de Diyarbakir étaient condamnés, ce 15 avril, à deux mois et demi de prison, (peine commuée en amendes), coupables de "soutien délibéré au parti -interdit- des travailleurs du Kurdistan (PKK)" pour avoir défendu auprès Premier ministre danois, au nom de la liberté de la presse, ROJ TV, la chaîne de télévision kurde en exil, menacée de fermeture à la suites de pressions orchestrées par la Turquie et les Etats-Unis.

A quand les J.O. en Turquie ? Les athlètes français auront-ils le droit de porter un badge subversif destiné à montrer leur attachement aux droits de l’homme ?

Je propose " Pour un monde meilleur, Paix au Kurdistan".

André Métayer

05.04.2008

CEJ : le PKK ne doit pas être placé sur la liste des organisations terroristes

03/04/2008 11:06

Le Tribunal de première instance de la Cour européenne de Justice (CEJ) a condamné jeudi l’inscription du parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) et de son bras civil, le CONGRA-GEL, sur la liste européenne des organisations terroristes,

indique l’agence TAS dans une dépêche du 03/04/08.

Le Tribunal annule la décision du Conseil (des ministres de l’UE) comprenant les entités citées ci-dessus (le PKK et le CONGRA-GEL. NDLR). Les juges ont suivi leur jurisprudence établie dans les dossiers de terrorisme avec un arrêt relatif aux Moudjahidines du peuple d’Iran,

est-il précisé. (TAS).

6 minutes plus tard, l’AFP tente de minimiser la portée de ce jugement

LUXEMBOURG, 3 avr 2008 (AFP) - 11h12 - Les juges européens ont annulé jeudi une décision de l’UE de 2002 d’inscrire le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) sur sa liste d’organisations terroristes, mais cet arrêt n’empêche pas l’organisation kurde de rester sur cette liste. La décision annulée par le tribunal de première instance de la Cour européenne de justice remonte à 2002, lorsque la liste terroriste de l’UE a été mise au point pour la première fois dans la foulée des attentats de 2001. La liste a été plusieurs fois actualisée depuis en vertu de nouvelles décisions européennes, ce qui explique que l’arrêt de ce jeudi soit sans effet immédiat, a expliqué un porte-parole européen. Les juges de Luxembourg ont estimé que l’UE n’avait pas assez justifié sa décision en 2002, suivant ainsi le raisonnement qu’ils avaient tenu en décembre 2006 pour annuler le gel des fonds d’un autre mouvement, l’organisation d’opposition iranienne des Moudjahidines du Peuple. Le fait que le Conseil de l’UE ait, après la décision sur les Moudjahidines, fourni les motifs de l’inscription du PKK sur la liste terroriste en tenant compte des observations de la Cour, ne suffit pas, a expliqué en substance la Cour dans son arrêt. Il aurait fallu selon elle le dire dès le départ. Le PKK continue à figurer sur la liste terroriste que l’UE a remise à jour en décembre dernier, avec 47 autres organisations dont les Moudjahidines ou le mouvement islamiste palestinien Hamas.

Il n’en reste pas moins que cette décision de justice va dans le bon sens et nous conforte dans nos positions qui font la distinction entre lutte armée et terrorisme.

Cette décision va dans le bon sens car elle peut ouvrir la porte aux négociations pour la paix et à une réforme constitutionnelle en profondeur qui garantirait, pour tous les citoyens de Turquie, quels que soient leurs origines ethniques, leurs croyances ou leur sexe, l’égalité des droits et la liberté d’expression.

Paix au Kurdistan.

André Métayer Président des Amitiés kurdes de Bretagne

La Turquie va dans le mur

Les opérations militaires qui s’intensifient et les violences policières qui ont accompagné les fêtes du Newroz font s’éloigner les perspectives de paix au Kurdistan. Les manœuvres de "l’Etat profond" compromettent l’entrée de la Turquie dans l’Union Européenne.

Après l’offensive de l’armée turque en Irak, dont l’échec apparaît de plus en plus patent, un cran a été franchi, en termes de violences, à l’occasion des fêtes du Newroz faisant des morts, des blessés et de nombreuses arrestations. Reporters sans frontières (RSF) (en date du 02/04/08) a, pour sa part, signalé les violences policières dont ont été victimes six journalistes qui couvraient, à Hakkari, les fêtes autorisées du Newroz.

RSF a dénoncé également les menaces qui planent sur le web : depuis le 21 mars 2008, le site Internet http://istanbul.indymedia.org est inaccessible en Turquie et, pour la troisième fois en un an, YouTube est resté, sur décision du tribunal de police d’Ankara, inaccessible du 13 au 27 mars. Faut-il voir, là, un lien avec une vidéo particulièrement atroce montrant un policier en civil brisant le bras, en pleine rue de Hakkari, d’un gamin de 15 ans, Cuneyit Ertus ? L’Association turque des Droits de l’Homme (IHD) a porté plainte. D’autres enfants auraient également été arrêtés et auraient été victimes de mauvais traitements. Cette vidéo, difficilement supportable, n’est plus visible sur YouTube mais on la retrouve… sur le site du journal Gundem1. Les censeurs devraient savoir qu’il est maintenant difficile de juguler l’information.

Les communiqués militaires se multiplient : la TSK (l’armée turque) prétend avoir "abattus"2 16 rebelles depuis fin mars, dans la province de Sirnak, information démentie par les HPG. (forces combattantes kurdes). Trois (ou quatre ?) militaires turcs, dont un officier, ont été tués au combat. La TSK a lancé ses opérations printanières contre la guérilla kurde3 qui "menace de riposter si la violence de l’Etat turc se poursuit".

Les paysans de la région de Kandil (Kurdistan irakien) sont victimes de dommages "collatéraux" causés par les bombardements de l’aviation turque : les pâturages sont truffés d’engins explosifs, autant de dangers mortels potentiels, et une "épidémie" qui décime les troupeaux de chèvres fait peser sur l’armée turque un grave soupçon d’emploi d’armes chimiques4.

Mais tout ce tohu bohu est occulté par l’arrêt de la Cour constitutionnelle qui a jugé recevable une requête déposée par le procureur de la Cour de cassation visant à interdire de la scène politique, pour des activités "anti-laïques", 71 personnalités dont le chef de l’Etat, Abdullah Gül, et le parti majoritaire turc qui a gagné les élections législatives, l’AKP, un parti issu de la mouvance islamiste mais qui se définit aujourd’hui comme "démocrate conservateur".

La décision de la Cour constitutionnelle "porte un grand coup aux relations entre l’UE et la Turquie", a estimé Amanda Akçakoca, analyste à l’European Policy Centre à Bruxelles, qui note également que les négociations d’adhésion turque à l’U.E. sont déjà quasiment au point mort :

Seuls, six des 35 chapitres thématiques qui jalonnent les négociations ont en effet été ouverts en plus de deux ans, huit autres sont gelés depuis décembre 2006 en raison de la question chypriote.

Ce n’est pas encore au niveau d’un coup d’Etat militaire, mais on n’en est pas loin

a jugé de son côté lundi Kirsty Hughes, spécialiste de la Turquie chargée de recherche au Centre for European Policy Studies et coordonnatrice du European Policy Institutes Network (EPIN).

Les manœuvres de "l’Etat profond" compromettent assurément l’entrée de la Turquie dans l’Union Européenne.

André Métayer

 

1 http://www.ozgurgundem.org/ (le visionnement est vraiment à déconseiller sauf en cas de nécessité, pour vérifier la véracité de l’information).

2 Oui, c’est le terme employé, sans guillemets, par l’AFP !

3 Curieusement, les effectifs se seraient multipliés par deux : de 3 à 5000, selon les sources, on passe maintenant de 8 à 10.000 !

4 Les paysans de la région de Kandil réclament une commission d’enquête indépendante.

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